Iphigénie

Arte
14/07/18 ~ 22:20 - 00:35

A la tête des armées grecques, le roi Agamemnon désespère : sa flotte est bloquée dans le port d'Aulis depuis trois mois faute de vents favorables. Selon l'oracle, pour mener à bien son expédition contre Troie, le souverain doit sacrifier sa fille Iphigénie à la déesse Diane. Pour l'attirer avec sa mère Clytemnestre à Aulis, il lui fait croire qu'il entend la donner en mariage à Achille. Regrettant ensuite sa machination, il envoie un messager annoncer à sa femme et à sa fille que le mariage est retardé. Mais son émissaire est pris de vitesse... Critique : De Chloé Dabert, nouvelle patronne de la Comédie de Reims, on connaît le magnifique travail sur des dramaturges contemporains : de Dennis Kelly (Orphelins, 2014) à Jean-Luc Lagarce (J’étais dans la maison et j’attendais que la pluie vienne, 2018). La jeune metteuse en scène sait faire entendre la langue, le verbe des auteurs, jusque dans leurs silences et leurs non-dits. Qu’elle s’attaque à Racine, si peu joué aujourd’hui, et à ses alexandrins lumineux et blessants comme du cristal, suscite évidemment la curiosité. D’autant qu’Iphigénie (1674) — ou comment le roi Agamemnon consent à suivre les oracles et sacrifier sa fille pour gagner la guerre de Troie… — n’est pas tragédie facile. Faut-il justifier ou non pareil crime ? Prendre le parti de la mère Clytemnestre qui s’y oppose brutalement, et s’en vengera plus tard par le sang ? Selon la metteuse en scène, qui situe la pièce dans un camp sans âge — mais avec mirador — proche de la mer avec sable et roseaux, Iphigénie interroge surtout la figure féminine. A travers trois héroïnes débarquant dans un lieu militaire où elles n’ont pas leur place. Iphigénie, sa rivale en amour, Eriphile, et sa mère, Clytemnestre, se battront chacune avec leurs moyens et nous questionnent par-delà les siècles sur leurs rôles, leurs forces et leurs légitimités dans un monde d’hommes. Là est bien un des talents de Chloé Dabert : faire résonner les œuvres qu’elle monte avec nos langues et nos propos d’aujourd’hui, nos âmes d’aujourd’hui.
 
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