Intérieur

Arte
22/05/18 ~ 00:10 - 01:35

De ces hommes et ces femmes filmés dans une chambre d'hôtel de Cali, on ne sait rien. Pourtant, au détour d'un appel téléphonique ou d'une occupation insolite, ils livrent en instants fugaces un pan de leur intimité. A travers eux se révèle, peu à peu, indirectement, une réalité autre, celle de la Colombie. La manière parcimonieuse avec laquelle tous, ou presque, usent de l'eau en dit long, par exemple, sur le trésor qu'elle représente dans leur pays. Critique : Combien de vies sont passées avant soi et combien passeront dans la chambre d’hôtel où l’on est de passage ? Quelles paroles, quels baisers ont été échangés sur cet oreiller où l’on pose sa tête ? Qu’ont vu les murs, qui nous assurent l’intimité qu’on est venu chercher et que d’autres ont trouvée ou trouveront après nous ? Telles sont quelques-unes des questions que suggère Intérieur, tourné dans une chambre de Cali, troisième ville de Colombie. D’un occupant et d’une scène à l’autre, certains cadrages se répètent, déterminés par l’exiguïté du lieu ; d’autres s’inventent pour montrer un enfant qui dessine sur le mur ou un vieillard qu’on débarbouille. Un homme sur le lit compte ses pièces de monnaie et les empile en inhalant de la poudre blanche, un jeune couple se livre à un étrange rituel érotique, une femme s’entretient avec son vieux père… Et l’on s’interroge de plus en plus sur la présence de la caméra qui saisit ces moments d’intimité ; sur la présence d’un opérateur face à ces femmes, ces hommes et ces enfants, dont on se demande bientôt ce qu’ils sont vraiment — personnes ou personnages ? Le trouble dans lequel nous installe Intérieur n’est pas la moindre qualité de cette œuvre séduisante, qui pèche cependant à différents moments par un soupçon de fausseté. Alors, le doute s’installe et le charme s’appesantit.