Inceste, que justice soit faite

France 5
26/02/19 ~ 03:00 - 04:10

C'est l'un des tabous les plus tenaces, qui concerne pourtant tous les milieux et toutes les classes sociales : en France, quatre millions de Français ont été victimes d'inceste. La quasi totalité ne dévoilent jamais leur terrible secret. Devenues adultes, seules 10 % des victimes se décident à porter plainte contre le parent incriminé. Seules 2 % d'entre elles obtiennent réparation par une condamnation. Le chemin judiciaire des victimes est un parcours du combattant. C'est le 12 mai 2016 que l'inceste a fait sa réapparition dans le code pénal en tant que crime spécifique. Critique : A 12 ans, Emeline danse sur le chemin du collège et n’aspire qu’à être « une ado comme les autres ». C’est pourtant une combattante qui prend la parole à visage découvert, droite et touchante. Abusée sexuellement depuis l’âge de 4 ans, elle a trouvé la force de dénoncer son grand-père, condamné à huit ans de prison ferme en 2016. Parcours exemplaire, que le commentaire d’Audrey Gloaguen (auteure de la remarquable enquête Tampon, notre ennemi intime) met en regard avec des chiffres sidérants : quatre millions de Français seraient concernés par l’inceste. On estime que seules 10 % des victimes porteraient plainte, dans un contexte hautement défavorable, puisque moins de 2 % de l’ensemble des affaires de viol aboutissent à une condamnation. Cette réalité judiciaire s’incarne à travers le vécu contrasté de plusieurs victimes, fillettes et femmes, dont la parole s’est cognée aux doutes, à l’absence d’accompagnement, à l’intolérable lenteur des procédures. A la déflagration familiale succède ainsi une violence institutionnelle, insidieuse et inattendue, qui se traduit, par exemple, par le renvoi fréquent d’affaires de viol (relevant des assises) en correctionnelle. Les témoignages, recueillis avec délicatesse, se répondent et semblent, au final, écrire une équation impossible : l’immense espoir des victimes en quête de reconnaissance face à l’embarras de la justice, qui réclame — bien souvent en vain, pour ces crimes du secret domestique — des preuves, des témoins, des aveux. Manque à ce film fort et important une réponse analytique et mesurée venue de l’institution elle-même, mise en cause de façon accablante. Suivi d’un débat animé par Marina Carrère d’Encausse.