Il y a des jours... et des lunes

Arte
13/01/19 ~ 20:55 - 22:50

Sous l'influence de la pleine lune, une foultitude de personnages s'aiment, se déchirent, se mentent et s'affrontent. Un récit tentaculaire, une pelletée de têtes connues et de grands mots ronflants (la vie, l'amour, la mort, la grande roue du destin). Ames sensibles (à l'agacement) s'abstenir. Critique : Film français de Claude Lelouch (1990). Le camionneur : Gérard Lanvin. Le médecin : Patrick Chesnais. La femme seule : Annie Girardot. L'hôtesse de l'air : Marie-Sophie L. Le prêtre : Francis Huster. Le restaurateur : Vincent Lindon. La petite fille : Salomé Lelouch. Le chanteur : Philippe Léotard. Le motard : Gérard Darmon. Les retraités : Paul Préboist et Serge Reggiani. L'homme au couteau : Michel Creton. La femme au petit caillou : Christine Boisson. Les mariés d'une nuit : Caroline Micla et Jacques Gamblin. Fiche technique. Scénario : Claude Lelouch, d'après Jean-Yves Le Mener. Musique : Francis Lai, Eric Berchot. Critique parue dans Télérama 2100. Durée annoncée : 113 mn. Le genre. Symphonie d'histoires. L'histoire. Un soir de pleine lune, l'heure d'été succède à l'heure d'hiver. Ça perturbe. La lune ronde attise les sentiments, exaspère la nervosité, invite au vague à l'âme, favorise les élans passionnels, défie la raison. Ce jour-là, une femme quitte un homme, un camionneur perd son emploi (et son épouse), un retraité marie sa fille, un restaurant change de propriétaire, un prêtre gay accepte de faire du théâtre... Tous ces destins convergent vers le point final qui les rassemble. Ce que j'en pense. C'est vrai qu'il y a des jours où l'air est léger et d'autres où tout va mal. C'est vrai qu'un fait divers est le dénouement de beaucoup d'autres faits qui se sont déroulés en amont. C'est vrai que les humains agissent et sont agis. Claude Lelouch aime faire jouer ensemble l'individuel et le collectif. Conteur, il détaille une situation, dessine avec précision et bonheur des personnages appartenant à la gent contemporaine. Penseur, il tente de rendre cohérent, en tout cas choral, cet ensemble disparate d'individus, de sentiments, de situations, de causes et d'effets qui deviennent à leur tour des causes. Claude Lelouch est le cinéaste de la fatalité. Il lui arrive quelquefois de faire des discours, mais, la plupart du temps, il préfère faire parler les faits, les actions, les réactions. D'aucuns sont agacés par ce qu'ils appellent sa prétention et ses tics. Critique surprenante car ce qui caractérise un auteur c'est précisément une persistance dans les thèmes, une récurrence dans les moyens de les exprimer, un entêtement à suivre son propre chemin, un ton reconnaissable d'une oeuvre à l'autre. Claude Lelouch est assurément un auteur. Oublions maintenant le contexte et les généralités sur l'artiste. «Il y a des jours et des lunes» considéré isolément est un film captivant, ne serait-ce que dans sa façon d'imbriquer des sketches dramatiques qui ont tous un intérêt spécifique, qui bénéficient tous d'une interprétation remarquable et qui avancent tous, uniment, quoique découpés en tranches alternatives, vers l'inéluctable. Cette mécanique est impressionnante. On peut la juger sophistiquée, c'est-à-dire trop astucieuse pour correspondre à quelque chose de vraiment profond, mais qui a décrété que l'astuce, la sophistication, l'arrangement, la mise en perspective, sont des péchés ? Gilbert Salachas