Hayati, ma vie

France 3
14/09/18 ~ 03:05 - 04:00

Retour sur le parcours d'Ossamah, entraîneur de football professionnel en Syrie, qui s'est exilé avec sa famille. D'abord réfugié à Mersin, en Turquie, il a repris la route pour fuir vers l'Europe avec Zeid, le plus petit de ses fils. Alors qu'il tentait de passer la frontière, le croche-pied dont il a été victime avec son fils dans les bras, a profondément marqué les esprits. Aujourd'hui, Ossamah s'est établi en Espagne où il travaille comme à nouveau comme entraîneur. Il revient sur les conditions de son exil et explique avec quelle impatience il attend que sa famille puisse le rejoindre. Critique : Contraints de fuir la guerre en Syrie, les Abdul Mohsen vivent déchirés entre la Turquie et l’Espagne. Osama, le père, a décidé de rejoindre l’Europe avec Zaid, son cadet de 8 ans, laissant sa femme Muntaha et deux autres de ses enfants dans la ville turque de Mersin, à 150 kilomètres de la frontière syrienne. Il reste animé par l’espoir de les faire venir à ses côtés. Installé à Madrid, l’ex-entraîneur de football raconte l’enfer de sa migration. Une route semée d’embûches et de violences, dont l’une est devenue tristement célèbre : à la frontière entre la Serbie et la Hongrie, alors qu’en plein chaos il court, son fils dans les bras, une journaliste hongroise le fait intentionnellement chuter. Judicieusement, les réalisatrices ne s’attardent pas sur cet épisode, ultra médiatisé en 2015, ni n’en font l’accroche de leur documentaire. Cet acte choquant vient juste s’inscrire dans la longue liste des douleurs endurées par la famille depuis son départ de Syrie. Le film capte avec force la souffrance de la séparation, lors d’échanges téléphoniques, sur la bouille chagrine du petit Zaid, à qui sa mère manque, ou le visage défait et désillusionné de Muhannad, l’un des deux enfants encore bloqués à Mersin. Au cœur du récit de ces quotidiens désenchantés, des animations épurées, drôlement touchantes, content avec poésie le passé, les souvenirs et exaltent les émotions. D’une beauté sobre, Hayati (ma vie) parvient à donner chair à l’intimité tout en mettant au jour des problématiques partagées par nombre de réfugiés.