Goulag(s)

France 2
02/04/19 ~ 23:10 - 00:30

Né aux lendemains de la révolution Bolchevique, le Goulag s'est progressivement éteint après la mort de Staline, en 1953. Pourtant, les traumatismes qu'il a engendrés perdurent jusqu'à nos jours. Après la chape de plomb imposée par la guerre froide, la mémoire du Goulag resurgit aujourd'hui en Russie. Des mémoriaux, des musées, et la volonté de conserver ses vestiges comme un patrimoine historique, participent de ce retour du refoulé. Assia Kovrigina, dont le grand père a subi l'exil à perpétuité dans ces «camps spéciaux», évoque, à la croisée entre film historique et road movie, l'histoire de l'un des plus gigantesques systèmes concentrationnaires du XXe siècle. Critique : L’ambition de ce film tient pour beaucoup au « s » de son titre. Le documentariste Michaël Prazan et Assia Kovrigina, journaliste et chercheuse, y déroulent avec une ampleur rare l’histoire du système concentrationnaire soviétique, des lendemains de la révolution bolchevique à la chute de l’URSS, en s’attachant à en montrer les visages changeants, méconnus en Occident. Loin d’une leçon d’histoire linéaire, le film prend la forme d’une enquête, menée par la jeune universitaire, elle-même petite-fille d’un journaliste condamné aux travaux forcés, sur les traces des victimes, des témoins, des vestiges de ce « monde qui écrase l’âme et la corrompt » (1)… Ce voyage mémoriel débute à Moscou, qui, dès les années 1920, vit ses monastères transformés en camps de prisonniers ; dont les forêts furent le théâtre presque oublié d’exécutions de masse lors de la grande répression stalinienne des années 1937-1938. Il nous mène sur les îles Solovki de la mer Blanche, le sinistre « laboratoire du goulag », puis aux confins de la Sibérie. C’est autant la logique abominable du goulag qui est ici éclairée que sa place centrale dans le système soviétique, qui érigea le travail forcé en pivot du développement industriel et de l’expansion coloniale. En témoignent la ville sibérienne de Magadan et la « route des ossements » qui la relie à Iakoutsk, jalonnée de fosses communes. Très dense, le film exhume des archives saisissantes, s’arrête sur des destins emblématiques. Et, in fine, interroge la fragile préservation et la transmission de la mémoire du goulag.   (1) Ces mots sont de Varlam Chalamov, rescapé des camps et auteur des Récits de la Kolyma.