Good Luck

Arte
10/04/18 ~ 01:05 - 03:20

Une fanfare à bout de souffle déambule dans un paysage désolé en Serbie. Plus loin, des ouvriers s'engouffrent dans les profondeurs abysalles d'une mine de cuivre pour forer la terre. 600 mètres plus bas, la menace est constante et les corps des ouvriers sont harassés. A l'autre bout du globe sous le soleil du Surinam, entre jungle et mares, des chercheurs d'or vivent dans un chaos de mercure, de poussière et de déchets industriels. Ils promènent un détecteur de métal dans la forêt et pataugent dans des flaques boueuses à la recherche du précieux métal. Leur travail est ingrat, pénible et dangereux. Tous ces hommes à la traîne de la mondialisation tentent de survivre malgré la précarité... Critique : « Bonne chance », dit au début du film l’un des mineurs aux camarades venus prendre la relève, en les voyant passer le seuil d’un ascenseur qui les descend bientôt dans les entrailles de la Terre. Nous sommes à Bor, dans le nord-est de la Serbie, où l’extraction du cuivre exige des hommes qu’ils ne craignent ni la fatigue, ni le danger. « Certains sont ici depuis plus de vingt ans », relève l’un d’entre eux dans la première moitié de cette œuvre hypnotique, qui joue des travellings avec un sens du cadre et de la temporalité hors pair. La seconde nous emmène dans le nord-est du Suriname, dans une mine d’or à ciel ouvert du district de Brokopondo. D’autres hommes s’y échinent sans grand profit à extraire de l’or d’une terre rouge, sur laquelle glisse la caméra de Ben Russell. Usant magnifiquement du plan-séquence dans la première partie, moins brillamment du découpage dans la seconde, le cinéaste américain excelle à rendre la réalité humaine de ces travailleurs de la terre, qui lâchent quelques réponses aux questions qu’il leur pose (« De quoi avez-vous peur ? », « Qu’espérez-vous ? »…), et exposent leur visage à l’objectif dans des plans en noir et blanc qui ponctuent le montage de Good Luck. Un authentique film d’action, qui sait comme peu de documentaires (et encore moins de fictions) nous donner à sentir l’effort que nécessite le transport d’un bidon sur un sentier, comme le temps qu’il faut à la mèche d’un vilebrequin pour creuser la paroi que l’on fera sauter.