Fuocoammare, par-delà Lampedusa

Arte
05/09/18 ~ 22:40 - 00:30

Ours d'or au Festival de Berlin, ce documentaire tourné à Lampedusa fait le portrait de quelques habitants de l'île et se transporte au large, où la crise des migrants devient tragédie. Un regard personnel et fort sur une réalité jamais montrée ainsi. Critique : Pour regarder l’île de Lampedusa, où l’arrivée de migrants génère des situations d’urgence sans fin, Gianfranco Rosi a choisi la patience. Au fil de plans lents, méditatifs, il construit une vision différente, décisive : à un sujet souvent couvert par les télévisions, il réussit à donner une dimension inédite. Ce film a d’ailleurs obtenu le Lion d’or à Berlin. A partir de quelques portraits seulement — un médecin, l’animateur d’une radio locale et la famille d’un garçon de 12 ans nommé Samuele —, une sorte de récit s’élabore. Quand les chansons s’arrêtent, la radio parle de naufragés, de réfugiés qui ont péri au large. Le médecin les a vus de près, ces morts. Et la grand-mère de Samuele lui raconte comment les hommes, pendant la guerre, avaient peur de s’embarquer la nuit sur une mer rendue rouge par les bombardements. La chanson Fuocoammare, « la mer en feu », date de cette époque. Et au moment où la grand-mère parle à Samuele, le tonnerre surgit à Lampedusa… Gianfranco Rosi établit des résonances subtiles, jamais soulignées. Autour de la mer, des échos très forts se répercutent. La réalité gronde. Et quand le cinéaste part lui-même au large avec les équipes de secours, il filme la mort d’aussi près que le médecin l’a vue. Une expérience terrible dont celui-ci dit : « Ça laisse comme un trou, un vide à l’intérieur. » Ce vide, on le ressent tout au long de Fuocoammare. Car c’est aussi le silence qui trouve un écho à travers ces images que n’accompagne aucun commentaire. Au milieu d’une mer immense, ce film éclaire, comme une fusée de détresse, un désert de réactions.