Fitzcarraldo

Arte
06/07/20 ~ 21:40 - 00:15

Fitzcarraldo, ou la démesure. Herzog montre la lutte entre les utopies les plus folles et la nature envahissante, la conquête de l'inutile au risque de tout détruire… - Critique : | Genre : plus grand que la vie. Jacques Rivette dit qu'un film est aussi un documentaire sur son propre tournage. La formule se révèle plus que jamais pertinente pour Fitzcarraldo, qui, en 1982, marqua l'apogée de Werner ­Herzog, cinéaste aussi génial que mégalo, avant une lente dégringolade artistique et commerciale. L'épopée de Brian Sweeney Fitzgerald, aventurier mélomane qui rêve de construire un opéra dans la forêt amazonienne au début du xxe siècle, n'aurait pas atteint cette puissance baroque sans les péripéties dantesques qui ont frappé sa production — recension non exhaustive : le plateau incendié par les Indiens ­Aguarunas ; l'acteur Jason Robards, au bord de la folie, rapatrié aux Etats-Unis ; les Indiens engagés sur le tournage qui proposent à Herzog de tuer la gargouille humaine Klaus Kinski, parce qu'il les terrifie ; le bateau qui manque de se briser dans les rapides avec huit personnes (dont le réalisateur) à son bord, etc. Après un prologue poussif de quarante-cinq minutes, le film multiplie les morceaux de bravoure (la voix de Caruso qui fait taire les tambours de la jungle, les pirogues des Jivaros qui encerclent le bateau à vapeur...), mais Herzog semble n'avoir tourné Fitzcarraldo que pour une scène : celle, insensée et pourtant authentique, d'un bateau qui franchit une montagne. Le symbole éclatant du cinéma selon Herzog : un art plus grand que la vie, où la volonté du créateur parvient à dompter les éléments, où l'imaginaire prend le dessus sur la réalité et ses contraintes. — Samuel Douhaire