En prison pour rien

France 5
11/09/18 ~ 20:55 - 22:00

Ce sont plusieurs témoignages de personnes ayant été incarcérées sans raison que rassemble ce documentaire réalisé par la journaliste Florence Kieffer. En France, plus de 500 individus de tous horizons sociaux se retrouvent derrière les barreaux à tort chaque année. Alain a passé 180 jours en prison pour trafic de drogue et blanchiment d'argent. Son entreprise a fait faillite. Son nom sali, il n'a jamais pu retravailler normalement. Comment reprendre le cours normal de la vie ? Soupçonné dans une affaire de braquage, Christian a été emprisonné deux semaines et a subi cinq ans ans de contrôle judiciaire et d'interdiction de quitter son département. Il a finalement été relaxé. Est-il possible de ne pas vivre une telle épreuve sans traumatisme à la clef ? Les témoignages soulignent d'indéniables dysfonctionnements. Critique : Dans nos prisons, environ 30 % des détenus le sont sous le régime de la détention provisoire. Cette mesure, qui consiste à incarcérer des personnes qui n’ont pas été condamnées et sont donc présumées innocentes, devrait rester exceptionnelle. Mais les juges d’instruction y ont recours dans des proportions effarantes. Quatre anciens prévenus emprisonnés à tort ont accepté de raconter leur descente aux enfers : Eric Peclet, instituteur soupçonné d’agression sexuelle sur une enfant de 4 ans ; Malek Gouni, psychiatre accusé de monnayer de faux certificats médicaux ; Christian Guerrot, artisan accusé de participation à un vol à main armée et Alain Basone, de trafic de stup en bande organisée. Chacun revient sur la chronologie des événements, de l’arrestation à la libération. Mais l’enfer est loin de s’arrêter aux portes de la prison. A la honte, à la perte d’emploi, à l’impact psychologique, social, familial de l’emprisonnement s’ajoute l’intolérable longueur des procédures qui mènent à la disculpation. Eric Peclet, libéré en mars 2017 après que des analyses ADN ont identifié un proche de la fillette, se bat toujours pour le non-lieu. Aucun juge d’instruction ni procureur n’a accepté de répondre aux questions de la réalisatrice. Son film, purement testimonial, n’explore pas les causes profondes de la détention provisoire abusive, qui seront abordées lors du débat qui suit. Un an après Justice, le douloureux silence, Florence Kieffer continue de donner la parole à des victimes de l’institution, et de dénoncer ses pernicieuses insuffisances, dans un louable équilibre de sobriété et d’empathie.   Suivi d’un débat avec Yves Charpenel, premier avocat général à la Cour de cassation, Eric Peclet, Hervé Temime, avocat pénaliste.