Du fil à retordre

France 3
15/11/18 ~ 22:45 - 23:40

On les appelle «les Bleuforêt» et elles font la fierté des Vosgiens. Elles sont les héritières de la grande histoire des filatures, du tissage et de la confection de la région Grand Est. Trente ans ont passé depuis cette vague furieuse qui a emporté tant d'usines. Mais dans les Vosges, ces quelques dizaines de femmes, parmi les dernières ouvrières du textile en France, ont elles aussi voulu résister et se réorganiser. Voilà pourquoi l'histoire des ouvrières «Bleuforêt» est romanesque et conquérante. Critique : En 2014, Anne Gintzburger racontait dans La Promesse de Florange l’âpre lutte des ­ouvriers de l’usine pour sauver les derniers hauts-fourneaux du site lorrain. Auprès de ceux de Bleuforêt, qu’elle a suivis pendant six mois dans l’usine de ­Vagney, c’est une tout autre nuance de la ­résistance ouvrière qu’elle donne à voir : le fabricant de ­chaussettes vosgien est un rare exemple de maintien d’une production textile 100 % française. Sandra, sa mère Myriam, ­Corinne et Manu évoquent les sacrifices pour que l’activité perdure. Le récit de leur quotidien, soumis aux fluctuations des commandes, est chargé de tension. Mais malgré la menace permanente qui pèse sur le secteur, la pénibilité de leur métier, les ouvriers expriment un profond attachement aux tâches qu’ils effectuent. En continuant de tourner, c’est l’âme ­ouvrière que l’usine permet de préserver. Tout au long du film, images et commentaires font ressortir avec une infinie beauté la dimension symbolique de tout être et de toute chose. Le quinqua Manu, ému sur la friche d’une ancienne filature, incarne la survivance d’un monde presque disparu, au même titre que la vue d’une cheminée fumant encore quand toutes les autres se sont éteintes. L’enthousiaste Sandra, 28 ans, l’espoir fou d’un renouveau. Les ouvriers, passionnés, engagés, réunis en collectif, deviennent ainsi les sauveurs du « Travail ». Avec un grand T.
 
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