Dernière pêche

France 3
30/08/18 ~ 03:25 - 04:15

A Gravelines, au pied de la plus grande centrale nucléaire d'Europe de l'Ouest, l'eau de la mer du Nord est chaude toute l'année. Le poisson prolifère dans ce milieu hyper industriel, faisant ainsi la joie des pêcheurs. Mais l'espace autour de la centrale est considéré comme un terrain militaire et l'accès laissé aux pêcheurs n'est qu'une tolérance tacite entre eux et les autorités locales. Critique : Ce pourrait être au bout du monde. Des hommes foulent la neige d’un pas lourd, vêtus et encapuchonnés comme dans le Grand Nord. C’est dans les Hauts-de-France que nous conduit Dernière Pêche, à deux pas d’une centrale nucléaire vieille de quarante ans, dont les rejets d’eau chaude font monter la température de la mer à 23 degrés, la rendant d’autant plus poissonneuse. Passé la première scène, énigmatique, qui suit des ouvriers des environs descendant en hiver sur la plage pour pêcher à la ligne, la caméra s’attache à la parole de ces hommes qui, de jour comme de nuit, tirent des flots de quoi leur mettre le sourire aux lèvres, ignorant obstinément la présence inquiétante de ce mastodonte de béton. Gravelines, plus grosse centrale d’Europe de l’Ouest, qu’un rapport de l’Autorité de sûreté nucléaire vient d’épingler et dont la présence fantomatique oppose sa menace lancinante aux scènes de vie empreintes d’un bonheur un peu triste. S’il manque à Baptiste Janon un soupçon de maîtrise pour accéder à l’onirisme auquel il tend, Dernière Pêche distille un véritable charme auquel on se laisse aisément prendre, à défaut de s’y abandonner.