Défense légitime ?

France 5
29/10/18 ~ 00:35 - 01:45

En matière de légitime défense, la loi française est très stricte et peu de justiciables en bénéficient, d'autant que les magistrats se montrent circonspects dans ce domaine : juste ou non, une mort réclame sanction. Fatiha, violentée pendant des années par un mari tyrannique, l'a tué dans un corps-à-corps alors qu'il la menaçait avec un fusil de chasse. Stephan Turk, le «bijoutier de Nice», a tué l'un des braqueurs qui pillait son magasin. Kevin Dormy, tombé dans un guet-apens, a tué l'un de ses agresseurs en tentant de se sauver la vie. Certains ont été condamnés, lorsque d’autres ont bénéficié de la légitime défense. Critique : Peut-on tuer sans être condamné ? Rares sont les justiciables qui bénéficient de la légitime défense. Pour les magistrats, plusieurs conditions sont requises : l’agression doit être injustifiée et iné­vitable, et la riposte immédiate, nécessaire et proportionnée. A ­travers trois affaires, Olivier Pighetti construit son enquête : le 27 juin 2013, Fatiha a tiré sur son ex-mari ultra-violent. Toujours en 2013, Stephan Turk a tué l’un des deux braqueurs qui venaient d’attaquer sa bijouterie à Nice. Enfin, en Picardie, Kevin Dormy est tombé dans un guet-apens. Il a fait tomber un des ses agresseurs en lui assénant un coup de poing. Une chute mortelle pour un homme de 47 ans. Dans les trois cas, les inculpés affirment avoir agi en état de légitime défense. Ils risquent néanmoins des décennies de prison s’ils sont reconnus coupables de meurtres. Dans ce film qui donne la parole aux protagonistes de ces drames, comme aux familles des victimes ou encore à leurs avocats, les mêmes questionnements reviennent sur la perception de la menace, la peur, l’historique des violences familiales… Les spécialistes dépeignent l’« effet tunnel » (une montée d’adrénaline impactant le champ de vision et les performances intellectuelles et physiques) qui happe la personne agressée. Face à ces situations, la justice française, assez frileuse, applique avec parcimonie la ­légitime défense, préférant souvent prononcer des peines symboliques intermédiaires.   Suivi d’un débat animé par Marina Carrère d’Encausse.