De sang-froid

Arte
29/06/20 ~ 21:30 - 23:40

Kansas, années 1950. Deux vagabonds, un simplet et un ex-taulard, massacrent sans raison toute une famille lors d'une virée nocturne. Adapté du roman-enquête de Truman Capote. Précision quasi documentaire. Absence de jugement moral. Vision désespérée de l'Amérique. - Critique : | Genre : history of violence. Après des années d'enquête et de souffrance, Truman Capote publie, en 1966, De sang-froid, un « roman de non-fiction » qui relate dans le détail un fait divers qui a scandalisé l'Amérique. Richard Brooks l'adapte aussitôt. Sous la caméra de ce vieil humaniste de gauche, l'histoire de Perry Smith et de Douglas Hickock massacrant une famille du Kansas pour quarante dollars et un transistor devient un film noir angoissant qui plonge lentement, inexorablement, dans l'inconscient d'une nation qui se veut radieuse et pure. La musique de Quincy Jones crisse comme dans un mauvais rêve. Et le noir et blanc de Conrad Hall, qui semble constamment rétrécir les grands espaces, pèse sur des personnages, prisonniers d'un cauchemar sans fin. Par moments, on se croirait en pleine crise des années 1930 : notamment, lorsque Perry et Dick, dans leur voiture volée, recueillent un gamin qui survit avec son grand-père en ramassant, le long des routes, des bouteilles vides, consignées à trois centimes... Pour Brooks, il semble évident que l'inconscience et l'égoïsme de l'Amérique capitaliste créent cette nouvelle race de monstres, capables, comme Perry, de déclarer à propos de sa victime, avec une sincérité désarmante : « J'ai trouvé le type sympathique, jusqu'à ce que je lui tranche la gorge. » L'effroi visible du cinéaste devant la naissance de ce monde sans âme est plus que jamais passionnant. On est convaincu par sa lourdeur, généreuse, militante - mais très éloignée du style de Capote, pour le coup - à pourfendre, dans la dernière partie du film, la peine de mort.