De chaque instant

France 3
03/12/20 ~ 22:55 - 00:40

Au sein de l'Institut de Formation en Soins Infirmiers, on suit le quotidien des étudiants : les cours où ils apprennent la théorie, les travaux pratiques où ils simulent les soins sur des mannequins ou sur leurs collègues de formation, les stages où ils font face à la réalité et à de véritables patients et enfin le retour de stage et les échanges avec les formateurs qui permettent de mettre en exergue l’importance de la relation soignant/soigné. Certains en reviennent convaincus d'avoir choisi la bonne voie alors que d'autres se mettent à douter... - Critique : Dès la première scène, on voit des mains sous un filet d’eau froide éliminant savon et impuretés. Elles s’exerceront bientôt à prendre la tension sur un bras ou à placer sur un brancard une fausse accidentée. Organisé en trois parties, le film nous montre des élèves infirmiers en classe, puis en stage, et les écoute témoigner de leur rencontre avec le monde hospitalier. Une étudiante de première année fond en larmes en évoquant les humiliations qu’elle a subies dans un service hostile. Un autre raconte comment il s’est senti utile en accompagnant un homme dans ses derniers moments. Car si le film s’ouvre sur des corps, ce sont bien les mots qui relient les êtres lors de ces entretiens post-stages qui haussent le film, dans les quarante dernières minutes, jusqu’à une forme d’universalité. Nicolas Philibert y fait preuve de cette justesse de regard qui caractérise son art exempt de lyrisme, mais pas d’humour ni d’émotion. C’est le cas dans cette scène singulière qui suit la conversation d’un stagiaire avec une femme qu’on imagine atteinte de troubles psychiatriques. Il est assis à côté d’elle, s’inquiète de savoir si elle a froid, ramasse sur le sol le tabac qu’elle a laissé s’échapper de ses mains. L’ascendant du soignant sur le patient s’efface au profit d’un échange, attentif et doux, entre deux êtres fragiles, au cours duquel le jeune homme confie à cette femme qu’elle a beaucoup à lui apprendre. On pense alors que Nicolas Philibert pourrait adresser les mêmes mots à toutes les personnes qu’il filme. Et l’on songe à La Moindre des choses, tourné voilà plus de vingt ans à la clinique psychiatrique de La Borde, autre merveilleux film de ce radiographe subtil et délicat de notre humanité.