Dans la tête d'un flic

Arte
21/08/18 ~ 23:40 - 00:35

Brisant le devoir de réserve que la fonction leur impose, de nombreux policiers battent régulièrement le pavé depuis 2016, pour manifester leur colère. Sept d'entre eux sortent du silence et se livrent à François Chilowicz. Il évoquent les attaques dont les forces sont la cible, les insultes, la déconsidération, le taux de suicide, mais aussi les débordements et les bavures dénoncés par certains citoyens. Critique : Comment vit-on au quotidien lorsqu’on est policier ? Comment ressent-on l’exercice d’un métier de plus en plus décrié ? Depuis les attentats de Magnanville et les attaques au cocktail Molotov à Viry-Châtillon, en 2016, la police descend régulièrement dans la rue pour crier son ras-le-bol. Déjà familier de cet univers — dans lequel il s’était ­immergé pour un précédent tournage —, François Chilowicz réussit à recueillir le ­témoignage rare de plusieurs agents de ­terrain, filmés chez eux. Entre lucidité, amertume et désarroi, six hommes et une femme racontent, anonymement, la peur, comment ils se sentent coupés de la population, pris pour cible. Ils évoquent aussi les dérives du métier, les bavures, le prisme déformant qui pousse à ne plus voir que les mauvais ­côtés de la société, la tentation de voter pour l’extrême droite. Entrecoupé d’extraits de JT, dépourvu de commentaire, le doc exprime, sans jugement, le malaise d’une profession confrontée à des injonctions contradictoires, piégée par une politique du chiffre qui « vide le travail d’une grande partie de son sens ». Une profession qui, depuis la suppression de la police de proximité par Nicolas Sarkozy, n’a plus la possibilité de jouer un rôle social, pourtant fondamental. Le constat n’est pas neuf, mais il est incarné ici par une parole brute, sincère, dont la force tient beaucoup au lien de confiance établi avec le réalisateur.