Cyrille, agriculteur, 30 ans, 20 vaches, du lait, du beurre, des dettes

Canal+
12/02/21 ~ 08:18 - 09:44

Cyrille a trente ans, travaille tous les jours et ne part quasiment jamais en vacances. Il se lève à l'aube pour s'occuper de ses vingt vaches qu'il bichonne. Il tente de gagner sa vie en transformant leur lait en beurre qu'il vend sur les marchés. Et malgré ses journées qui n'en finissent pas, Cyrille est au bord du gouffre financier. Les dettes s'accumulent et la banque demande les remboursements. Cyrille ne sait plus quoi faire. Abandonner ou continuer coûte que coûte... - Critique : Voilà un documentaire d’une grande délicatesse, malgré la brutalité de la réalité dévoilée : vaches qui meurent de fièvre hémorragique, factures du vétérinaire qui s’empilent, lait et beurre vendus moins chers que leur coût de production, inflexibilité des pouvoirs publics… Cyrille et son frère aîné, levés à 6 heures et couchés à minuit au plus tôt, sept jours sur sept, ne peuvent maintenir à flot, malgré leurs emprunts et leurs investissements, la petite ferme de leur père, désormais âgé. Ces hommes sont représentatifs d’un immense mal-être qui ronge la France des petits agriculteurs, mais ils sont sans cesse rendus par le regard du cinéaste à leur singularité émouvante. Ainsi de l’homosexualité de Cyrille, évoquée incidemment, avec pudeur, et peu ou pas vécue : le jeune homme ne dispose quasiment d’aucun temps libre et il doit, chaque soir, traverser la chambre de son père pour rejoindre la sienne… À l’heure où les paysans font l’objet d’un dénigrement parfois violent de la part des antispécistes et, inversement, suscitent un regain d’intérêt et un surcroît d’exigence, compte tenu de leur rôle dans notre alimentation, le film apporte une dimension concrète, détonnante, sensitive. Il bouleverse d’autant plus que les humiliations y sont tues et les larmes, ravalées. Au fil des jours, des semaines, des mois, Rodolphe Marconi nous fait partager un quotidien de labeur sans fin, mais aussi un enracinement, un attachement à des bêtes et à une terre. Une fragilité très humaine, mais surtout une dignité rare face à la catastrophe annoncée.