Comme des rois

France 3
04/03/20 ~ 22:40 - 00:05

Joseph, escroc à la petite semaine, doit payer très rapidement les loyers en retard que lui réclame le propriétaire de son logement. Acculé, il met la pression à son fils Micka pour qu'il participe à ses combines. Le jeune homme fait du porte à porte et prétend vendre des grands crus à prix cassés. Joseph intervient, fait mine de s'intéresser au produit et le piège se referme sur la victime. Lassé de ces arnaques, Micka veut aller à Paris pour faire une école de théâtre. Joseph ne comprend pas la décision de son fils tandis que sa femme Val fait de son mieux pour soutenir ce dernier. Micka s'éloigne et Joseph tente de sortir la tête hors de l'eau... - Critique : Pour Joseph, l’arnaque est une sorte d’artisanat familial. Son fils, Micka, tout juste majeur, n’a pas le choix. Il est sommé de participer au business, aux ventes douteuses, au porte-à-porte avec abus de confiance et aux menus larcins. Mais à l’heure d’Internet et de la crise économique, la débrouille d’autrefois ne paie plus. La petite « entreprise » périclite. Joseph, qui fait vivre toute la tribu, grand-mère comprise, est criblé de dettes. Il est toujours plus tendu, plus exigeant, tandis que Micka rêve d’ailleurs, de Paris et d’un autre art du mensonge : le métier d’acteur. Xabi Molia (Les Conquérants, 8 Fois ­debout) nous immerge dans l’ordinaire bétonné et frissonnant d’un coin de banlieue, avec ses tours, ses entrepôts, ses ­pavillons. Un monde géométrique et ­morose qui contraste avec l’humanité de ses personnages. Il tisse et détricote les liens entre un père à bout d’expédients et son fils à bout de patience, entre la transmission et l’emprise, entre l’amour inconditionnel et la nécessité. Du portrait de ­famille (dont Sylvie Testud en épouse ­solide de Joseph) à celui d’un quartier rongé par la précarité, le cinéaste sait trouver l’équilibre entre noirceur et chaleur, entre une fine observation de la réalité sociale et la complexité de ses héros. Face à Kad Merad, Kacey Mottet Klein, grand jeune homme sensible, est si habité, si convaincant qu’il nous offre un véritable film dans le film avec son propre ­récit d’apprentissage.