Colombe

France 5
28/06/20 ~ 19:55 - 22:30

Au milieu du XIXe siècle, le jeune Julien est appelé au service militaire et conduit son épouse, Colombe, à Paris, auprès de sa mère qu'il déteste, la terrible et redoutable madame Alexandra, une célèbre comédienne réputée pour son caractère acariâtre. Julien et sa mère ne se sont pas parlé depuis deux ans : c'est Armand, frère détesté et fils chéri, qui leur sert d'intermédiaire. Contre toute attente, le courant passe entre les deux femmes que tout oppose. Voilà Colombe rapidement plongée dans la vie du théâtre, où règnent les faux-semblants. La ravissante ingénue est très vite courtisée, au grand désespoir de Julien, sous l'oeil impavide de madame Alexandra... - Critique : Ex-secrétaire particulier de Louis Jouvet, Jean Anouilh avait l'amour du théâtre, de ses monstres, de sa mécanique, mais aussi de la poussière des coulisses. Il montait lui-même ses textes aux dialogues brillants, éclairant ses acteurs pleins feux pour mieux les exposer dans leur animale perversité. Prenez cette scène de Colombe où s'opposent deux frères — comme souvent dans la cinquantaine de pièces qu'écrivit Anouilh de 1929 à 1981. Cocufié par sa jeune épouse (Colombe) au bénéfice de son cadet, l'aîné demande au second de l'embrasser pour comprendre l'attrait de Colombe... Refus du frérot, sur la bouche duquel finit par se jeter le mari trahi ! Incroyable, la scène est bouleversante. A l'image de ce théâtre méchant et sentimental à la fois, où l'auteur épingle en moraliste l'innocence bafouée, la famille castratrice, la bourgeoisie mortifère, l'argent assassin et l'impitoyable théâtre de la vie sociale. C'est justement dans un théâtre de l'époque romantique que se situe Colombe (1951). Renié par sa comédienne de mère, Julien revient pourtant lui demander de prendre sous sa garde femme et enfant le temps que, patriote, il fasse son service militaire. La mère a beau lui proposer de le faire réformer, le fils refuse au nom de ses valeurs héroïques. S'ensuivent des aventures plus triviales entre Colombe et son beau-frère, donc. Initiée par sa belle-mère (époustouflante Anny Duperey), Colombe (délicieuse Sara Giraudeau) succombe aux vanités et aux plaisirs de la scène. Qui a raison, qui a tort dans cette valse flamboyante où tournoient égoïsmes et incapacités d'aimer ? Anouilh dissèque ici un monde d'insectes luttant pour leur survie. — Fabienne Pascaud