Cléo de 5 à 7

Arte
19/03/19 ~ 00:35 - 02:05

Petite chanteuse capricieuse et adulée, Cléo déambule dans les rues de Paris en attendant le résultat d'une biopsie. Une heure trente d'angoisse pendant laquelle Cléo (bouleversante Corinne Marchand) va apprendre la compassion. Jamais Varda n'a été aussi proche de l'univers doux-amer de Demy. Magnifique. Critique : Dans les années 1980, Madonna faillit en produire un remake, avec elle-même, bien sûr. Dans les années 2010, le Norvégien Joachim Trier s’en inspira ouvertement pour Oslo, 31 août. Et Lena Dunham, la créatrice de la série Girls, le cite parmi ses films de chevet. Cléo de 5 à 7 est éternellement à la mode. Comme sa belle héroïne (Corinne Marchand) sur un fil, silhouette à la Kim Novak et chic parisien de toujours. Le titre coquin cache élégamment la gravité de la situation : Cléo attend confirmation d’un diagnostic médical des plus angoissants. La mort plane sur les deux heures à tuer avant le rendez-vous à l’hôpital parisien de la Salpêtrière. Agnès Varda, dont c’est le deuxième long métrage, était déjà une ingénieuse créatrice de formes en 1961 : tous ses documentaires, fictions et installations ont une architecture conceptuelle. Dans Cléo de 5 à 7, elle filme d’abord un compte à rebours. Elle explore la dictature banale et fantastique des minutes, marquée en surimpression, ou bien sur les horloges et les montres, partout. Et, miracle, la rigueur du style, la contrainte du chronomètre et la possibilité du pire libèrent le personnage : on croirait assister à l’invention de l’héroïne moderne. La chanteuse yéyé (métier de Cléo), égocentrée et narcissique, des premières scènes cède peu à peu la place à une autre femme, non plus objet mais sujet, qui regarde, qui écoute, qui se laisse enfin atteindre par les autres. C’est l’histoire inoubliable d’une transfiguration.
 
Chargement...
Chargement...