City of Ghosts

France 2
23/05/18 ~ 00:50 - 02:15

Sur Internet, se mène une bataille médiatique d'idées, un combat pour les coeurs et les esprits, pour les clics et le nombre de vues. Matthew Heineman a choisi de suivre le périple du groupe Raqqa is being Slaughtered Silently - Raqqa est massacré en silence -, composé d'une poignée de journalistes citoyens anonymes qui se sont regroupés après la prise de leur pays par l'Etat islamique en 2014. Plutôt que de s'exiler et de fuir, ils affrontent la chaotique réalité que traverse leur pays actuellement, et risquent leur vie pour résister... Critique : Que faire quand l’Etat islamique a confisqué votre ville ? Se taire, partir, résister ? Entre 2014 et 2017, Raqqa, deux cent mille âmes sur les rives de l’Euphrate, est devenue la capitale syrienne du califat autoproclamé. Hamoud, Mohamad ou Aziz y étaient étudiant en biologie, prof de maths, habitants ordinaires. Ensemble, ils ont décidé de tenir tête à Daech en créant un réseau de journalistes citoyens, Raqqa is being slaughtered silently, littéralement « Raq­qa est massacrée en silence ». En première ligne face aux exactions du groupe djihadiste, ils ont commencé à documenter un quotidien terrifiant, exfiltrant leurs images grâce à une connexion satellitaire fatiguée. Objectif : contrer la propagande terroriste et désenclaver une ville coupée du monde, symbole de la barbarie. Ce faisant, ils sont devenus des ennemis, traqués par l’Etat islamique. Certains se sont réfugiés en Turquie, en Allemagne, où ils vivent dans la peur d’être un jour assassinés. D’autres — quatre au moins — l’ont payé de leur vie. Plutôt que d’autopsier une énième fois la prise de pouvoir de Daech, l’Américain Matthew Heineman raconte la guerre en Syrie à hauteur d’hommes que rien ne destinait à devenir des activistes médiatiques. Le résultat est essentiel. De Gaziantep à Berlin, sa caméra capture sans pathos leurs existences broyées, leurs fractures béantes, leurs spasmes d’angoisse. Leurs étreintes collectives et leurs espoirs invincibles aussi. Hamoud assiste à l’exécution de son père, abattu d’une balle en pleine tête pour avoir enfanté un résistant. Impassible devant son ordinateur comme devant les terribles représailles. Quelques mois plus tard, dans une maternité, il accueille son premier enfant. « Comme on le dit à Raqqa, la mort, c’est la mort. » Et parfois la vie.
 
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