Chabrol, l'anticonformiste

Arte
03/03/19 ~ 06:05 - 07:05

Dans le Paris de l'après-guerre, le jeune Claude Chabrol, peu disposé à suivre la voie paternelle, sèche les cours de pharmacie pour s'abreuver de films à la Cinémathèque française. Il assouvit sa passion cinéphilique quelques années plus tard, grâce au soutien amoureux et financier d'Agnès, sa première femme. Après avoir produit, en 1956, «Le Coup du berger», de Jacques Rivette, court métrage inaugural de la Nouvelle Vague, Claude Chabrol offre à l'onde révolutionnaire son premier long métrage, «Le Beau Serge», tourné à Sardent. S'ensuivent, jusqu'à sa mort en 2010, 57 films étalés sur un demi-siècle. Critique : Sur les visages de Michel Bouquet et de Stéphane Audran, puis celui, matois, du grand Claude, la voix off attaque : « Mystère, vices cachés, scandales ou secrets de famille. Rien de tout cela dans la vie du cinéaste Claude Chabrol. Une vie de bouddha gourmand, d’anarchiste sournois, de jouisseur impertinent et débonnaire. Un mystère, tout de même : comment a-t-il pu tourner cinquante-huit films en cinquante ans ? » Cette voix, c’est celle de Cécile Maistre-Chabrol, sa fille adoptive et collaboratrice pendant plus de vingt-cinq ans. Une femme qui le connaît mieux que quiconque et, mieux encore, partage son humour. Alors délectation et sagacité sont bien là, nichées au détour de chaque commentaire, d’extraits de films ou d’interviews de cet amoureux fou du cinéma, grand pourfendeur de l’hypocrisie bourgeoise, connerie ou bien-pensance, qui se moquait de faire bonne figure comme de sa première pipe. Le marionnettiste agitateur de ministres, maris cocus, femmes libres, infidèles ou assassines, dans toute sa splendeur et sa divine absence d’ego. De la naissance : sa mère craint qu’il soit retardé mental à cause d’un accident de chauffe-eau défectueux ? Loupé, il sera génial. Jusqu’à la mort, représentée avec brio par la séquence, finale, du Boucher, où la voix du cinéaste lui-même annonçait à Stéphane Audran : « Il est mort, Madame. » Sans respect (forcément, vu l’animal) pour la chronologie et l’entièreté de sa carrière, mais sans rien oublier de ce qui fit le sel de Chacha, l’homme qui tournait, tournait, sans doute pour ne pas mourir. Grâce à ce documentaire aussi cinématographique qu’intime, il est bien vivant, Madame.