Boko Haram : les origines du mal

Arte
20/11/18 ~ 21:50 - 22:45

Le 14 avril 2014, 276 lycéennes étaient kidnappées par le groupe Boko Haram à Chibok, dans le Nord du Nigeria. Cette action signait l'acte de naissance médiatique d'une secte islamiste implantée depuis plus de dix ans dans la région. Peu après, son leader, Abubakar Shekau, proclamait son ralliement à Daech. Xavier Muntz a enquêté dans la région qui a vu naître le groupe, en 2002, pour comprendre les raisons de son ultraviolence. Des centaines d'enlèvements, des dizaines de milliers de morts, des attentats-suicides, des centaines de villages rasés au Nigeria, au Cameroun, au Tchad, au Niger : une sauvagerie que personne ne semble pouvoir endiguer. Critique : Ce que l'on sait, ici, de Boko Haram se réduit souvent à l'enlèvement de 276 lycéennes en 2014 dans le nord du Nigeria et aux éructations délirantes de son leader Abubakar Shekau sur les vidéos de propagande. Auteur d'Encerclés par l'Etat islamique, effarante plongée au coeur de la ligne de front que se disputaient combattants kurdes et Daech dans les montagnes du Sinjar, Xavier Muntz déplace son champ d'observation du djihadisme à Maiduguri, capitale de l'Etat de Borno, région nigériane qui vit naître Boko Haram en 2002. Tissage de témoignages de civils rescapés des exactions, de spécialistes, de responsables communautaires, l'enquête éclaire la genèse du mouvement fondamentaliste, secte fédérant les aspirations anticorruption de nombreux musulmans devenue guérilla sanguinaire. Décortiquant les prêches de son fondateur charismatique, Mohamed Yousuf, le film met en lumière l'évolution idéologique de Boko Haram, sa radicalisation, l'exacerbation de la violence, la responsabilité de l'armée nigériane dans le conflit, qui a causé quelque trente-deux mille morts et plus de 2 millions de personnes déplacées. Selon une approche tout à la fois historique et analytique, il ausculte les ressorts de l'adhésion populaire aux thèses salafistes : la partition nord-sud du pays, qui recoupe la division confessionnelle musulmans-chrétiens et se superpose aussi aux écarts de revenus, d'alphabétisation, de scolarisation... Un cocktail explosif sur lequel Boko Haram va surfer. Avant que de faire régner la terreur à coups de kidnappings, de razzias et d'attentats-suicides, y compris dans les pays limitrophes. Suscitant en retour la répression féroce des forces de sécurité. Fruit d'un tournage à risque, le film prend ainsi le pouls d'une population civile du nord-est du Nigeria coincée entre la fureur djihadiste et les représailles de l'armée. — Marie Cailletet