Blanche comme neige

Canal+
07:15 - 09:05

Par sa grande beauté, Claire fait tourner les têtes. Sa belle-mère Maud ne le supporte pas et tente de l'assassiner. Par miracle, elle échappe à la mort grâce à un homme étrange qui l'accueille chez lui dans sa ferme. Les hommes du village succombent tous au charme de la jeune femme. Innocente jusque là, Claire découvre qu'elle a des désirs et qu'elle a envie de les vivre. Elle s'en donne à cœur joie et devient un bourreau des cœurs. Quand elle apprend que sa rivale est toujours en vie, Maud se met à sa recherche... - Critique : Après le calvaire subi par des nonnes polonaises en 1945 (Les Innocentes) et l’émancipation sociale tourmentée d’un fils du prolétariat (Marvin ou la Belle Education), Anne Fontaine oblique vers plus de légèreté. Blanche comme neige est une sorte de comédie coquine, qui revisite le conte fameux des frères Grimm. Soit Claire, une orpheline dont la beauté suscite l’extrême jalousie de sa belle-mère qui l’emploie, Maud (Isabelle Huppert), gérante richissime d’un palace. Cette dernière décide d’éliminer sa rivale. Kidnappée, Claire est sauvée in extremis au cœur d’une forêt par un homme un peu fruste (Damien Bonnard, sobre et singulier, comme toujours), qui la recueille chez lui dans une bâtisse mystérieuse. Cette épreuve, mise en scène sur le mode du thriller, est un mal pour un bien dans la vie de la jeune femme. Une nouvelle vie, de plaisir et de joie, commence pour celle qui étouffait sans s’en rendre compte. Avec son sauveur d’abord, Claire goûte et partage une nuit d’amour délicieuse, puis elle enchaîne avec son frère jumeau (en s’amusant après coup de la méprise). D’autres hommes, de la maison ou du village voisin — un musicien, un libraire, un athlète… —, vont tomber sous le charme irrésistible de la demoiselle, figure à la fois pure et sexuée, innocente et charnelle. Ce que Lou de Laâge, solaire, incarne avec une grâce naturelle. Malgré un détournement un peu artificiel avec les « sept nains », le pastiche, qui reprend même la pomme rouge et les animaux du conte, se regarde sans déplaisir. C’est frais, ludique, un peu désuet. Anne Fontaine loue à travers sa « princesse » une forme d’érotisme libre et généreux, sans tabou, où même l’usage du fouet est rieur. Savoureux est le partage égalitaire avec les hommes, quels qu’ils soient. Nulle guerre des sexes, nul rapport de pouvoir ou de domination — les messieurs sont timides ou fragiles. Quant à la marâtre castratrice, la réalisatrice sait lui accorder une place de choix. Notamment dans une séquence de danse proche du duel, une étreinte de plus en plus sauvage, donnant l’impression que la reine déchue va croquer sa proie et la dévorer toute crue. Le moment le plus fort du film.
 
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