Biélorussie, une dictature ordinaire

Arte
14/09/18 ~ 10:20 - 11:20

A l'Est de l'Europe, la Biélorussie est dirigée d'une main de fer par le dictateur Loukachenko. La population vit sous le joug d'un régime postsoviétique bafouant les droits humains. Avec beaucoup de courage, plusieurs opposants s'expriment pour dénoncer les crimes passés et présents d'un système rétrograde. Critique : Défilés militaires au pas de l’oie, séances de tir à balles réelles pour les enfants, emprisonnements sans procès… Bienvenue au « Soviétistan », le régime de cauchemar rétrofuturiste de ce morceau d’Europe orientale que la géographie nomme Biélorussie. Depuis l’arrivée au pouvoir, en 1994, d’Alexandre Loukachenko, ex-dignitaire zélé du KGB, c’est « comme si le temps s’était arrêté, comme si le pays n’avait ­jamais quitté le destin de l’homme rouge », témoigne Manon Loizeau, spécialiste de la Tchétchénie, en prélude à ce portrait-gigogne du dernier Etat satellite de la Russie. Sans jamais perdre de vue la chronologie des faits de politique intérieure ou celle des accommodements de l’Occident, qu’elle commente (trop) abondamment en voix off, la réalisatrice déploie sur cette réalité lointaine un double regard. En premier lieu, elle partage le sien, celui d’une étrangère qui en découvre l’absurdité concrète au quotidien — villages coupés en deux par une frontière qui n’ouvre que deux jours par an, tonitruantes exaltations publiques de la mère patrie… A ces courtes évocations impressionnistes et tristement folkloriques répondent de longues séquences immersives tournées auprès de militants des droits de l’homme, d’opposants politiques et de journalistes biélorusses, pourchassés sans répit par le pouvoir. Une fenêtre bienvenue sur un pays rétif à tout œil qui n’est pas celui de Moscou, malgré une charge explicative inutilement lourde et des ruptures de ton parfois déroutantes.