Ascoval, la bataille de l'acier

LCP
30/03/19 ~ 23:30 - 01:00

Un an : c'est le temps qu'il reste aux employés de l'aciérie Ascoval pour sauver leur usine et leur avenir. Durant ces mois de sacrifices, de doutes et d'espoir, Eric Guéret, auteur et réalisateur du documentaire, accompagne la direction et les salariés dans une course contre la montre pour augmenter la productivité et tenter de trouver un repreneur. Pour beaucoup, cette aciérie, qui était l'histoire d'une vie, devient un enjeu de survie. Une lutte personnelle qui est aussi symbolique d'une problématique intrinsèque à ce documentaire : la désindustrialisation française. Peut-on encore avoir de l'industrie lourde en France aujourd'hui ? Critique : .L’histoire est cruelle, qui bégaie. En 2008, Nicolas Sarkozy, alors président, se rend sur le site de Gandrange, en Moselle, où il garantit aux quatre cents salariés d’Arcelor Mittal une aide afin de pérenniser l’activité de l’aciérie. Un an plus tard, elle ferme. En 2012, candidat socialiste à la présidentielle, François Hollande vient saluer le combat des métallos de Florange pour sauver leurs emplois, et se fend de la promesse d’une loi pour défendre la filière sidérurgique. En avril 2013, les hauts fourneaux sont définitivement mis à l’arrêt. Une loi est bien adoptée mais, contrairement aux engagements, elle n’oblige pas une entreprise à céder un site rentable au lieu de le fermer. En novembre 2018, Emmanuel Macron certifiait tout faire pour qu’Ascoval soit sauvé, peser de tout son poids dans le dossier de cette aciérie du Nord en redressement judiciaire. Cette affaire constituera-t-elle le marqueur symbolique de son quinquennat : le peu de cas fait des salariés quand il s’agit de dividendes ? L’illustration, aussi, de la duplicité de l’Etat, si l’on en croit les propos très cash de Xavier Bertrand, le président de la Région Hauts-de-France ? C’est au combat des trois cents ouvriers du site de Saint-Saulve, mobilisés pour la sauvegarde de leurs emplois, que s’intéresse Eric Guéret. Ils ne disposent que de quelques mois pour « augmenter la productivité, se rendre plus sexy afin de trouver un repreneur ». Immergé un an durant, le réalisateur suit pas à pas les étapes de cette course inexorable. Moments de doute, de lassitude, d’espoir mais aussi de dissensions… le film capte au plus près les ressacs émotionnels de ces hommes, fiers de leur savoir-faire, contraints à la flexibilité, aux sacrifices financiers. Thriller haletant et douloureux, le film, dans cette version inédite de quatre-vingt-dix minutes (1), restitue avec plus de complexité les enjeux humains et se révèle une réflexion sur la volonté politique de préserver l’industrie française. Il y a quelques jours, de nouveaux rebondissements mettaient à mal, une fois encore, l’espoir des aciéristes. Leur combat épuisant n’est pas arrivé à son terme.   (1) France 3 en avait proposé une version de cinquante-deux minutes en novembre 2018.
 
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