Archi-faux

Arte
Vraies villes et faux monuments
19/09/18 ~ 22:35 - 23:30

Des vraies villes «copiant» le style architectural des grandes cités européennes aux faux monuments inspirés par d'augustes modèles, l'utopie d'un lointain ailleurs près de chez soi se cultive un peu partout sur la planète. Dans un tour du monde qui entraîne le téléspectateur sur trois continents, de la Chine à l'Afrique en passant par l'Inde, le réalisateur, Benoit Felici, interroge spécialistes de l'architecture, historiens, géographes et habitants de ces lieux, témoins tout à la fois d'une culture globalisée et de promesses de dépaysements sans de coûteux déplacements. Critique : Au pied de la tour Eiffel, des gamins chahutent un ballon de basket. Champ-de-Mars ? Non, illusion d’optique. La scène se passe à Hangzou, dans l’est de la Chine. Là, un promoteur immobilier a reproduit un morceau de Paris haussmannien coiffé de son plus célèbre monument. Trente mille personnes habitent ce fantasme de vie à la française. Un exemple de ces simulacres architecturaux qui font les délices de l’Empire du milieu, telles ces copies de villes européennes avec briques rouges et canaux hollandais, ou cette réplique d’un pont londonien devenu lieu fétiche des photographes de mariage… Et si on pouvait explorer le monde à travers sa copie, questionne Benoît Felici dans ce documentaire original, réflexion stimulante sur le vrai et le faux, le réel et l’imaginaire. Plongeant dans le miroir réfléchissant de ces artefacts de pierre et de béton, il interroge, sans ironie ni jugement de valeur, ce goût — vieux comme les expositions universelles — pour les répliques d’un ailleurs transplanté ici, et leur appropriation par ceux qui y vivent. Plutôt que l’inventaire exhaustif d’un monde en trompe-l’œil, le film préfère le chemin de la flânerie poétique et philosophique au fil d’exemples signifiants. La basilique de Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire, copie plus grande que nature de la Basilique Saint-Pierre de Rome, rêvée non sans mégalomanie par Félix Houphouët-Boigny. Ou ce Taj Mahal miniature érigé pierre après pierre par un modeste postier indien en mémoire de sa défunte épouse. S’imprégnant de l’atmosphère de ces incongruités architecturales, de leur force onirique et de leur cinégénie, ce voyage immobile est aussi une subtile manière de réfléchir à notre façon de « consommer » les lieux dans un monde aux distances abolies.