Anjelica Huston raconte James Joyce

Arte
16/06/18 ~ 06:15 - 07:10

Anjelica Huston doit à James Joyce, géant des lettres irlandaises, deux rôles également mémorables. En 1987, dans une adaptation de l'écrivain au cinéma, elle incarne Gretta dans «Gens de Dublin», l'ultime film de John Huston, son père. Mêlant sa voix à celles d'écrivains, irlandais pour la plupart (Anne Enright, Colm Toibin, Ruth Gilligan, Edna O'Brien, Frank McGuinness, Eimear McBride, et l'Américain Jeffrey Eugenides), et de lecteurs fervents comme le critique Fintan O'Toole, ou encore David Simon et Dominic West, Anjelica Huston déroule le fil d'une existence errante vouée à l'écriture et à l'Irlande. Critique : « Les nouvelles de Joyce sont à l’Irlande ce que celles de Tchekhov sont à la Russie », estimait John Huston. Grand admirateur du monument de la littérature irlandaise, le réalisateur américain tient à lui rendre hommage. En 1987 sort son dernier film, inspiré du recueil des nouvelles des Gens de Dublin. L’adaptation est une réussite. Anjelica Huston, fille du cinéaste, y interprète l’un de ses plus beaux rôles dans la peau de Gretta Conroy. Si les souvenirs du tournage sont évoqués, c’est le portrait d’un James Joyce, en perpétuelle déroute, qui intéresse ce documentaire limpide. Très émue, face caméra, la Morticia de La Famille Adams évoque ce monstre des lettres, tantôt admiré, tantôt détesté par ses contemporains. Introduisant la notion de flux de conscience, une forme de monologue intérieur, dans le roman, son œuvre bouleversa les conventions littéraires. La voix de l’actrice se mêle à celles d’écrivains irlandais notables, comme Anne Enright ou encore Colm Tóibín. En ressort un portrait peu conventionnel de James Joyce où l’on aborde aussi bien les côtés prosaïques de son parcours — ses nombreux soucis financiers et de santé — ainsi que la relation complexe qu’il entretenait avec sa ville natale, Dublin, clé de son œuvre. Ecœuré par le conformisme social et religieux de la capitale, cet éternel expatrié ne cessa de s’en inspirer, notamment dans son roman phare Ulysse. Si méticuleux dans ses descriptions, Joyce prétendait que si Dublin disparaissait, il serait possible de la reconstruire à partir de son récit.