André Téchiné, cinéaste insoumis

Arte
03/04/19 ~ 22:25 - 23:20

D'ordinaire, c'est par son cinéma que s'exprime André Téchiné. Mais son ami, le réalisateur et journaliste Thierry Klifa, l'a convaincu de se prêter à un entretien. Il y évoque, librement et avec humour, l'amour étouffant que lui vouait sa mère, une claustrophobie dont il a fait un atout, sa rencontre décisive avec Roland Barthes, son homosexualité assumée, sa passion du cinéma. Cet exceptionnel directeur d'acteurs se raconte aussi à travers des témoignages passionnés de comédiens – Isabelle Adjani, Catherine Deneuve, Daniel Auteuil, Juliette Binoche, Emmanuelle Béart, Sandrine Kiberlain. Tous ont été marqués par leur rencontre avec un cinéaste pudique qui, paradoxalement, les a incités à se dévoiler. Critique : André Téchiné regarde la mer à travers une vitre, la musique enfle et sert déjà le cœur : c’est celle, splendide et pleine de cordes mélancoliques, d’Hôtel des Amériques, son cinquième film et sa première collaboration avec Catherine Deneuve qui va devenir son égérie, sa préférée, quelle que soit la saison. Thierry Klifa s’invite d’ailleurs joliment au début de ce portrait d’un des plus grands cinéastes français pour l’avouer : c’est son admiration pour l’actrice et son choc devant cet Hôtel des Amériques (à la première séance d’un mercredi d’il y a longtemps) qui l’ont conduit à s’attacher à Téchiné, et à lui consacrer, aujourd’hui, un documentaire. Qui ressemble à son sujet : sensible, pudique et gorgé d’affection(s). Car les nombreux acteurs et actrices qui témoignent — Deneuve, bien entendu, mais aussi Sandrine Kiberlain, Daniel Auteuil, Emmanuelle Béart, Juliette Binoche, Guillaume Canet, Isabelle Adjani dans une voix off intense et douce d’intimité, ou Patrick Dewaere à travers de belles images d’archives — sont d’une sincérité attendrie rarement rencontrée dans ce genre d’exercice. Puisque la vie, la soif d’absolu et le cinéma de Téchiné sont discrètement mais intimement liés, Thierry Klifa fait résonner confidences personnelles (sur l’enfance, l’imposante figure maternelle, ou le désir d’émancipation à Paris) avec tous ces échos romanesques que sont ses films. Et puis il y a le rire d’André. Sa manière de tortiller ses doigts quand il parle d’amour ou d’homosexualité. Pour finir, Thierry Klifa a eu l’idée, magnifique, de demander à Adjani de réenregistrer pour l’occasion sa chanson de Barocco. Auparavant, elle a avoué sa crainte de revoir ce diamant noir du cinéma français : « Cela ferait un bruit terrible dans mon cœur. » Ce documentaire en fait un, intense et doux, dans le nôtre.