Alice et le maire

Canal+
25/09/20 ~ 09:00 - 10:42

Paul Théraneau, maire socialiste de Lyon, est fatigué après trente ans de mandat. Il n'est pas encore tombé dans le cynisme, mais en panne d'idée, il est en pilotage automatique. Il tente de raviver la flamme de l'engagement politique en faisant appel à Alice Heimann, une jeune et brillante philosophe. Auprès d'elle, il commence à retrouver la foi. Au contact de Théraneau, elle perd quelques certitudes sur l'exercice du pouvoir. La jeune femme se révèle vite indispensable, suscitant les jalousies dans l'entourage du maire... - Critique : Une jeune normalienne est chargée de raviver l’engagement d’un maire usé… Depuis l’avènement des séries politiques anglo-saxonnes, les arcanes du pouvoir nous sont devenus presque familiers. Mais ici le plaisir de passer côté coulisses a quelque chose d’inédit, car Nicolas Pariser ne cherche pas à imiter l’efficacité et la vitesse télévisuelles. Comme chez son maître Éric Rohmer, le film repose sur les dialogues. La conversation dicte les mouvements de caméra, fait avancer l’action et évoluer les personnages. Et la relation entre Alice et le maire a le bon goût de rester platonique, même si une légitime ambiguïté peut naître de leur complicité. En limitant son observation du monde politique à l’échelle de la municipalité, avec son lot d’inaugurations, de réunions voirie, de vernissages et de soirées à l’opéra, le cinéaste fait le choix de la modestie, qui est aussi le thème de la première fiche rédigée par la jeune philosophe à l’édile en manque de repères. Les nombreux lieutenants qui gravitent autour du duo — une première adjointe ultra autoritaire, un directeur de la communication bouffi d’ignorance — ne sont jamais condamnés à un rôle univoque. Nicolas Pariser se place clairement de leur côté, sans les juger. Aucune naïveté pourtant chez l’auteur, qui montre bien, en s’en moquant avec malice, la victoire des communicants sur les décisionnaires et l’absence problématique de références culturelles classiques parmi les jeu­nes générations. Refusant la facilité de la satire, le cinéaste fait l’audacieux pari de l’intelligence et de la lenteur dans une époque affolée par la réactivité.
 
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