A la rencontre de Forrester

France O
23/07/18 ~ 20:55 - 23:05

Un vieil écrivain, auteur d'un seul roman devenu mythique, vit reclus dans son appart où pénètre un jeune basketteur rêvant d'écrire. Rencontre que Gus Van Sant maîtrise joliment, en équilibre sur le fil de l'édifiant. Critique : | Genre : atelier d'écriture multiracial. Le scénario réunit ce qu'il ne faut pas faire sous peine d'accoucher d'un produit hollywoodien formaté. Soit un jeune Black du Bronx, basketteur émérite et surdoué doté d'un QI explosif. Soit aussi un écrivain ermite qui n'a rien publié depuis son légendaire premier roman... Ces deux-là-que-tout-sépare vont apprendre à s'apprécier, et le jeune Noir des bas quartiers saura entendre le littérateur qui est en lui, avec l'aide bonhomme du vieil auteur. Irrattrapable ? Oui, mais non. Parce que Gus Van Sant se faufile avec les honneurs entre les poncifs. Son savoir-faire se traduit par une belle image, des choix musicaux sophistiqués (Miles Davis, Bill Frisell, Ornette Coleman, ça change de la soupe habituelle), une manière de se laisser porter par le lyrisme des séquences. Sans compter une façon admirative et complice de laisser vivre ses acteurs : Sean Connery assure, sourire dans la barbe, dans un rôle très largement pompé sur J.D. Salinger ; Rob Brown se révèle un débutant costaud ; et Anna Paquin (un oscar à 11 ans pour La Leçon de piano) cumule le plus joli strabisme et le plus troublant tremblement de la lèvre supérieure de toutes les nymphettes hollywoodiennes. Pour peu qu'on soit bien luné, une émotion ténue peut même peu à peu vous serrer la gorge jusqu'au happy end obligatoire. — Aurélien Ferenczi