68, mes parents et moi

LCP
21/05/18 ~ 17:55 - 19:00

Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents révolutionnaires comme Virginie Linhart. La réalisatrice de ce documentaire est la fille de Robert Linhart, un des fondateurs du mouvement maoïste en France. Dans ce film, elle expose ses souvenirs d'enfance et ceux de fils et filles de militants intellectuels engagés, entre assemblées enfumées, dictature du prolétariat et parents plus disponibles pour la révolution que pour leurs rejetons. Comment les événements, vécus par les soixante-huitards, ont-ils marqué leurs enfants ? Quels sentiments d'admiration, de révolte, de fierté ou de rejet ont-ils nourri ? Les enfants des ex-soixante-huitards prennent la parole. Critique : Née en avril 1966, Virginie Linhart tenait à peine sur ses jambes lorsque la vague de Mai 68 a déferlé sur son existence, emportant ses parents comme nombre de baby-boomeurs dans les flots tumultueux du militantisme. Fondateur du mouvement prochinois en France, son père, Robert Linhart, a sacrifié comme tant d’autres à l’action politique une part de ses responsabilités familiales. « La révolution n’attendait pas », confie la jeune femme dans l’excellent documentaire qu’elle consacre « aux enfants des parents qui voulaient la faire et ne pensaient qu’à ça » (1) . A la vaine nostalgie, 68, mes parents et moi oppose une réflexion critique pertinente et subtile autour du témoignage de jeunes quarantenaires, qui se rappellent leur difficulté à se construire. Du rigorisme révolutionnaire aux hypocrisies de l’expérience libertaire, en passant par les égarements du combat féministe, les uns et les autres pointent les contradictions de ces combats idéologiques, dont ils se gardent de nier la portée historique. A la stigmatisation crétine de l’esprit de 68, ils répondent d’ailleurs avec éloquence, en faisant preuve d’une liberté qui tient tout à la fois de l’héritage de Mai et de son dépassement. Qualité partagée par ce documentaire personnel et sensible, qui entremêle dans un style délié témoignages, archives familiales et images d’actualités.   (1) Virginie Linhart est également l’auteur d’un joli livre sur ce sujet : Le jour où mon père s’est tu, paru au Seuil. On retrouvera en outre 68, mes parents et moi en complément du DVD de son documentaire Vincennes, l’université perdue, qui vient de sortir chez Blaq Out.