68, année érotique

France 3
19/06/18 ~ 01:20 - 02:09

C'est l'autre révolution de 68 : celle des moeurs. La révolte échoue face au pouvoir mais libère la société des tabous d'après-guerre. Cinquante ans plus tard, des Français anonymes, racontent leur «année 68». Ces témoignages se mêlent aux archives pour restituer l'ambiance de l'époque. Ces femmes et ces hommes issus du baby boom étaient étudiants, lycéens ou déjà dans la vie active. Devant la caméra, ils décrivent d'abord la France d'avant mai et son ordre moral. Et puis viennent les premières manifestations de mai. Que l'on ait été homme ou femme, hétéro ou homo, ouvrier ou bourgeois, tous ces protagonistes reconnaissent une chose : Mai 68 a changé la liberté individuelle. Critique : Ils avaient 20 ans en mai 68 et bon sang, quelle claque ! Brusquement arrachés au monde gris du rigide général de Gaulle, ils se sont trouvés comme parachutés sur une autre planète, multicolore, euphorisante, diablement sensuelle. Dans l’effervescence des manifestations, sur le campus de Nanterre ou dans les amphis de la Sorbonne qu’ils occupent jour et nuit, ils réinventent les relations humaines avec pour mot d’ordre le dynamitage des interdits. « Nous sommes alors en profonde fusion. Et le rapport sexuel vient tout seul », racontent-ils aujourd’hui tout sourires, troublés d’avoir eu la chance de vivre cette parenthèse enchantée. L’insouciance, l’avènement de la pilule, « c’était une époque bénie ». Point de déroulé des événements du haut de Matignon ou du bas des barricades. Claude Ardid et Philippe Lagnier, les auteurs de ce film documentaire joliment écrit et mis en images, s’en tiennent à leur sujet et ne le lâchent pas : le grand chambardement intérieur, la découverte d’une autre sexualité, viscéralement libre, joyeuse, expérimentale, attentionnée. Anonymes acteurs de cette aventure émancipatrice, la douzaine de femmes et d’hommes qui témoignent — non sans un certain courage, notre époque ne glorifie plus vraiment « la jouissance sans entraves » ! — n’en taisent pas les limites. Ni la candeur désarmante de ce temps qui intime à chacun de multiplier les partenaires sans jamais éprouver d’attachement particulier. La jalousie ? « Une notion bourgeoise, antirévolutionnaire… »