39-45 : la guerre des enfants

France 3
15/05/18 ~ 01:30 - 02:55

Commentaires de Céline Sallette. Ceux qui ont eu 10 ans en 1940 appartiennent à une génération qui s'est construite dans une époque d'exception, où l'on a recensé 650 000 orphelins, 120 000 jeunes délinquants, 90 000 enfants égarés pendant l'exode et 11 500 enfants juifs déportés. Ce documentaire donne la parole à ceux qui, en marge de la Grande Histoire, ont dû grandir à l'ombre du «redressement national» imposé par Vichy. Le documentaire associe des images d'archives et des témoignages de ceux qui ont été enfants pendant la Seconde Guerre mondiale, qu'ils soient enfant de prisonnier de guerre, orphelin, enfant résistant, déporté, caché, délinquant ou enfant de collaborateur. Critique : A 14 ans, Massin a reçu « comme de la chair à pâté sur son imperméable » lorsqu’une bombe lâchée dans la cour de son école a tué six de ses camarades. Raymonde avait 13 ans quand, sous la garde d’un gendarme, sa mère allaita une dernière fois sa dernière-née avant de la prier : « Tu t’occuperas bien de tes petites sœurs », et de disparaître à tout jamais. Tomi avait 8 ans quand, à l’école, on lui apprit à réciter les chants nazis. « Je les connais encore tous par cœur », assure le vieil homme, devenu dessinateur, dans un rire amer. Avant d’être des personnes âgées témoignant des atrocités de la Seconde Guerre mondiale, Tomi, Massin, Raymonde, mais aussi Robert, Jean ou Loïc ont été des enfants fauchés en pleine innocence par une réalité infernale. Comme les grands, ils ont connu la faim, l’exil, la violence, la mort, l’abandon, la misère, les destructions, la manipulation mentale ; mais eux ne pouvaient mettre de mots, a fortiori du sens, sur ces traumatismes qu’une vie entière n’a pas suffi à effacer. Ils les racontent, pourtant, avec la précision des obsessionnels — comme s’ils n’en étaient toujours pas revenus. Lorsque les images d’archives colorisées qui soutiennent leurs récits viennent à manquer, des dessins crayonnés s’animent, figurant l’indicible. Loin de poétiser l’horreur, ils donnent corps à leurs fantômes et matérialité aux douleurs restées inapaisées.   Ce film a reçu une mention spéciale et le prix du public au dernier festival de Luchon.
 
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