24 Frames

Arte
20/11/18 ~ 00:15 - 02:10

Maître artisan dans la composition des plans, Abbas Kiarostami, disparu en juillet 2016, fut un grand manipulateur d'images. Sa dernière œuvre s'affirme comme le projet sans doute le plus singulier de sa carrière. Le réalisateur a choisi une vingtaine de photographies de sa collection personnelle qu'il a ensuite animées et mises en scène. En utilisant des outils numériques, de discrets inserts en 3D et des écrans verts, il ressuscite ces fragments du passé pour évoquer les émotions ressenties avant et après le déclenchement de l'obturateur... Critique : Ne regardez pas ce film, du moins pas ce lundi. Attendez d’avoir plus de temps pour savourer sur Arte.tv ce bel objet précieux, à la manière d’un vieil alcool. Par petites gorgées, « frame » après « frame », tableau après tableau, au rythme qui vous plaira. Car les vingt-quatre séquences composant la singulière œuvre posthume d’Abbas Kiarostami ne se prêtent pas à la grosse lampée. Grand amateur de haïkus, le cinéaste iranien du Goût de la cerise (Palme d’or en 1997) était las des histoires et déjà malade lorsqu’il s’est investi dans l’élaboration de ces petits poèmes visuels et sonores, qui font leur miel de ce que la nature peut nous donner à saisir de la vie. Partant de paysages immortalisés par ses soins (ou d’un tableau fameux de Brueghel l’Ancien), il les anime en y injectant différents éléments par la magie du numérique. On y contemple un groupe de moutons massés au pied d’un arbre, sous la neige tombante, cependant que les hurlements d’un loup mettent en alerte le chien du troupeau (« frame 10 ») ; une vache renversée sur une plage que la marée recouvre, et que traversent d’autres vaches, finalement rejointes par la première (« frame 3 ») ; un passereau qui chante sur une montagne de troncs coupés, tandis que résonne le bruit proche des arbres qu’on abat (« frame 23 »)… 24 Frames ne se résume pas plus qu’il ne se décrit : il se voit et s’écoute, suscite l’attention et charme par sa délicatesse. Pour peu qu’on veuille bien s’abandonner à la contemplation proposée par Kiarostami, poète du cinéma, maître des artifices.
 
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