Le daim, diffusion du 29/03/20

Canal+
29/03/20 ~ 01:35 - 03:50

Georges, un type paumé et un peu fou devient tueur en série parce qu'il a des discussions avec son blouson de daim devenu son obsession. Il rencontre une serveuse dans un bar de montagne. Celle-ci rêve d'être monteuse de cinéma. Georges invente une histoire de tournage dont il serait le réalisateur, afin de soutirer de l'argent à la jeune femme. Mais ce qu'il ne sait pas c'est que la jeune femme est aussi cinglée que lui... - Critique : « Et si tu n’existais pas/Dis-moi comment j’existerais/Je pourrais faire semblant d’être moi/Mais je ne serais pas vrai. » Comme la rengaine de Joe Dassin que Jean Dujardin écoute dans sa vieille guimbarde en fuyant sa vie et son passé sur l’autoroute de sa dépression, le cinéma haute­ment conceptuel de Quentin Dupieux offre plusieurs niveaux d’interprétation. Ce qui rend ses films souvent plus plaisants à analyser qu’à regarder. Toujours à la limite de la fumisterie, ses fables absurdes oscillent entre le vide et le plein, la bêtise et la ruse, le film et le « nonfilm », pour reprendre le titre de son premier long métrage, qui, en 2001, mettait déjà en abyme la nécessité de son existence. Il faut donc un certain degré de tolérance à l’humour « nonsensique », comme on dit au pays des Monty Python, pour accepter l’intrigue ultra minimaliste du Daim, qui a ouvert, en mai, la Quinzaine des réalisateurs cannoise. Pendant un peu plus d’une heure, on assiste à la métamorphose de Jean Dujardin. Après avoir fait l’acquisition d’un blouson en daim parfaitement ringard, avec des franges et une ceinture façon Perfecto, Georges sombre littéralement dans la folie. Retranché dans la chambre d’un hôtel minable perdu dans un paysage montagneux sans charme, il passe ses journées à filmer son blouson au Caméscope, persuadé que son accoutrement lui donne un « style de malade ». L’expression est à prendre à la lettre, eu égard aux diverses pathologies dont souffre ce faux héros : paranoïa, mégalomanie, mythomanie et pulsions meurtrières. Car Georges ne supporte pas la moindre concurrence vestimentaire et il massacre méthodiquement toute personne qui refuse de retirer son blouson. Dans le portrait de ce cow-boy anachronique qui s’improvise vidéaste, on ne peut s’empêcher de voir une autocritique de Quentin Dupieux quant à sa propre légitimité : musicien (sous le nom de Mr. Oizo) devenu réalisateur, il a toujours défendu une approche d’amateur, de bricoleur, sans jamais se prendre au sérieux. Pour compenser une absence de personnalité et de talent, il suffirait de supprimer ses rivaux, comme Georges. Seul, il devient unique, c’est mathématique. Fantasme de l’artiste raté. Avec sa photo désaturée, son code couleur beigeasse, ses décors vieillots, Le Daim ressemble, comme la plupart des films de Quentin Dupieux, à une série B des années 1970. Le style et les oripeaux vintage compensent la minceur du scénario. « Personne n’a envie de regarder Pulp Fiction à l’endroit », fait-il dire à son héros. Bien conscient qu’il ne peut pas jouer indéfiniment avec les nerfs du spectateur, Dupieux arrête l’exercice au bout d’une heure dix-sept. Recouvert de daim des chaussures au chapeau, Georges s’est alors transformé en animal. Il peut désormais être confondu avec les cervidés qu’il a filmés au Caméscope dans la ­forêt pyrénéenne. De prédateur il ­devient proie. La boucle est bouclée. Le jeu de mots du titre, expliqué. Un vent de panique souffle dans la vallée refroidie par l’automne et l’ouverture de la chasse. Roland Topor saute sur les genoux de Marcel Duchamp. Hue, dada !