Gueules cassées, diffusion du 09/04/19

France 2
09/04/19 ~ 23:05 - 00:05

Une partie importante de la vie se joue à l'adolescence. Les rencontres, les amis, l'éducation, le lieu de vie sont déterminants. A quel point ces facteurs pèsent-ils sur le devenir d'un individu ? Allan a grandi dans le département de la Meuse, un milieu rural aujourd'hui miné par l'héroïne, quelque peu abandonné depuis la période post industrielle. Si aujourd'hui, Allan est journaliste, ce n'est pas le cas de deux des amis avec lesquels il a grandi, devenus héroïnomanes. Le jeune homme revient sur ses pas et cherche à comprendre certains éléments subtils qui fondent les différences de parcours. Critique : De prime abord, et sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, le point de vue apparaissait un peu casse-gueule. Comment, en effet, tourner un film sur « moi et mes potes qui sont tombés dans la came » sans verser dans le travers narcissique, souvent stérile, de la chronique intimiste, facilité où échouent nombre de documentaristes débutants en mal d’inspiration ? Finalement, de cette proximité autobiographique, les réalisateurs ont fait une force. Ils ont su élargir la focale pour accueillir dans le champ tout un environnement géographique et social (parents, services de soin…), qui permet d’éclairer le quotidien des deux jeunes héroïnomanes suivis dans le film. Ils ont su compenser la dureté du sujet par une approche formelle tout en douceur (cadrages soignés, associations de musiques et de paysages qui confinent à l’élégie). Et par un travelling opportun de la ville vers la campagne, ils ont su zoomer sur une réalité méconnue, la toxicomanie en milieu rural, délaissant les barres d’immeubles et les dealers aux visages floutés pour les lotissements et les cafés-PMU d’une bourgade de la Meuse. Pourquoi la France périurbaine est-elle touchée aujourd’hui par ce fléau ? Pourquoi certains plongent et d’autres pas ? On regrette que le film ne réponde pas à ces questions. Il reste néanmoins un témoignage poignant, rempli d’humanité et de tendresse, d’où jaillit un indicible et salutaire message d’espoir.